NT 09        Fais attention, Pierre !        Matt.14

Traduction Clémentine Geraerts. Autrice Josine de Jong, 

 

Jamais Pierre ne s’agenouillait devant quelqu’un. Ceci, aucun Juif ne le fait. Ni pour un roi, ni pour un empereur. Pour personne. Pour personne ?

 

« C’est ton tour, Jean, » dit Pierre. Il se recule légèrement, puis passe les cordages à Jean.

Enfin il peut se reposer. Quel vent ! En plus, du vent contraire. Il est impossible de continuer à faire de la voile. Une nuit de corvée s’annonce. Brrr ! Pierre frissonne dans son manteau de laine. Ses yeux essaient de scruter l’horizon afin de se repérer. Comme c’est dommage que Jésus ne soit pas avec eux. Pierre ne se sent pas trop rassuré sans son grand ami.

«  Je veux que vous passiez de l’autre côté, » leur a dit Jésus. « Je viendrai plus tard. »

Cela pourrait prendre beaucoup de temps avant qu’ils ne le voient. Pierre aurait bien aimé rester. Cela commençait à devenir intéressant : les gens qui venaient de manger des pains et des poissons voulaient faire de Jésus leur roi. Hé bien ! Quelle aventure ! Enfin cela arriverait : Jésus sur le trône, et tous les méchants hors du pays. Mais non, pas question ! Le Seigneur les a tous mis dans le bateau et a dit : » Je renvoie les gens, puis je vous rejoins ».

 

« C’est ton tour, Jacques, » entend-il crier Jean. Jacques se glisse vers les cordages. On dirait que le vent est de plus en plus violent. Les nuages dansent avec force dans le ciel. Le morceau de tissu qui leur sert de drapeau est secoué par le vent.

Sans prévenir, une grande vague soulève l’avent du bateau, et Pierre se sent glisser vers l’arrière. Les occupants tombent les uns sur les autres. Tiens-toi bien ! Mais tiens-toi bien, tout de même !!

André, qui est marin, crie ses ordres. Pierre, en tant que pêcheur est pas mal habitué à ces mouvements de l’eau, mais là, il se cramponne des deux mains sur le bord du bateau.

Voilà une autre vague énorme… Au moment de se trouver encore une fois soulevé, il aperçoit une forme blanche. Le mât d’un bateau, peut-être ? Ce serait insensé d’avoir hissé la voile par ce vent. De nouveau, leur bateau se trouve dans le creux d’une vague. Les autres ont vu la même chose que lui. Là-bas !

«  Là-bas, il y a quelque chose ! » s’écrie Judas, d’une voix rauque.

Une immense vague s’éclate contre l’embarcation. Une grande éclaboussure fait que, pendant quelques instants, Judas ne voit plus rien. Tout le monde attend intensément la prochaine vague. La voila… 

« C’est un fantôme ! » crie Thomas. Oui, on le dirait. Une silhouette blanche se trouve au milieu de la mer. Que c’est effrayant !

Les fantômes n’existent pas, mais…

Hi-i-i ! Les voila de nouveau vers la descente. Avec crainte et tremblement, ils attendent la prochaine vague. Le fantôme serra-t-il encore là ? Et plus près ?

« Ayez courage, c’est moi. N’ayez pas peur ! »

Mais, cette voix ne leur est pas inconnue ! C’est la voix de Jésus. Il vient tranquillement à leur rencontre, marchent sur l’eau.

Le vent ne l’emporte même pas. Les vagues ne l’entraînent pas non plus. Un frisson parcourt Pierre, un incroyable sentiment d’orgueil l’envahit : son Maître ! Il domine le vent et les vagues. Je veux y participer ! Cette pensée le traverse comme un éclair. D’une voix forte, il crie : « Je peux te rejoindre, Jésus, Si Tu le dit je peux ! » Déjà il passe une jambe par-dessus bord.

« Je peux ? »

« Viens dit Jésus »!

Regarde ce Pierre maintenant ! L’instant d’après, il se retrouve titubant sur le bord du bateau, cramponné des deux mains, ses pieds tâtonnant vers l’eau. Un, deux, c’est parti ! Et splatch, bien sûr. Hé, non ! Pas de splatch ! Sous ses pieds, l’eau est lisse comme du verre. Hésitant, pas à pas, comme s’il apprenait à marcher, il avance vers Jésus. Son foulard est emporté par le vent. Depuis le bateau, des cris d’admiration résonnent.

« Comment se fait-il que j’arrive à faire ça ? Ce n’est pas possible ? » pense Pierre. « Regarde toutes ces vagues ! »  Il sent la crainte l’envahir. Et puis… Non ! Non, ça ne va pas bien du tout. Il coule !

« Au secours, Seigneur, sauve-moi ! »

 Son cri est rempli d’angoisse. Voilà la main de Jésus, juste à temps.

«  Pourquoi as-tu douté ? Fais-moi confiance, » dit le Seigneur gentiment.

Main dans la main l’élève et le Maître se dirigent vers le bateau. Le vent se calme. Le soleil revient et dessine des allées orange sur l’eau. Pense-tu que Pierre les voie ? Non, rempli de respect, il regarde Jésus.

Les autres aussi se taisent, et comme Pierre, ils tombent à genou, en signe de reconnaissance. Les uns après les autres, ils disent : « Maître, Seigneur…Tu es le Fils de Dieu !!!´